Entre Terre et Ciel

Paris 2010, je déambule dans le quartier indien. Depuis le petit matin, devant le Temple rue Pujol, saris et vestis s’affichent. Réunis pour célébrer l’anniversaire de Lord Ganesha : la 15ème Procession de la Fête du Ganesh élève la communauté indienne dans les rues. Fragrances entêtantes de camphre, encens et jasmin viennent l’enrober. Scandé par le rythme des tambours battants, le défilé d’un cortège, lancé pour six heures de marche, s’annonce… A sa tête, une imposante statue d’un éléphant, suivie de joueurs de flûtes, danseurs, femmes porteuses de pot en terre cuite fumant, char des hommes et char des femmes. Musiciens, chanteurs et fervents fidèles ferment la marche.

Tout ce tumulte sonore et ces notes envoutantes éveillent mes sens. ‘Ahora !’ : le cri d’un ‘volontaire’ retentit. Hommes et Femmes le reprennent en chœur, s’élancent et tirent les deux longues cordes reliées aux chars. Ces chars abritent les brahmanes ainsi que les statues de Ganesh et de Murugan. ‘Ahora !’. Je me laisse happer par cette frénésie ambiante. Je me glisse entre deux fermes épaules, mais là, me fais rattraper : ‘les chaussures, pas de chaussures !’ me lance-t-on. Je ne savais pas. Les rues sont aspergées d’eau de rose et des centaines de noix de coco sont brisées avant le passage des chars. L’eau répandue purifie ainsi les rues : le Bitume est alors foulé pieds nus. Je dissimule mes chaussures au fond de ma besace, mon appareil à la main, je me fonds dans cette marée humaine. Un brahmane appose de son doigt, couvert d’un mélange d’eau de rose et de curcuma, le tika sur mon front, marque symbolique du troisième œil… Le bon tempo m’est insufflé.

Traversée du Little Jaffna, les rues entre La Chapelle et la Gare du Nord sont en ébullition. Autels d’offrandes, pyramides de noix de coco sont dressées devant les boutiques indiennes. Le cortège est pressé par l’exaltation de la foule. En équilibre sur les rebords de trottoir, des fébriles dévots, suspendus à leur invocation, tendent leurs mains vers le ciel. Je me faufile, m’agrippe d’une main à la corde, me serre contre une épaule, m’agenouille entre saris et vestis… Le défilé s’arrête. Le souffle des nageshvarams s’emporte! Les percussionnistes se déchaînent. Les danseurs, porteurs de kavadi, s’élancent, tournent, descendent et se relèvent sur ces rythmes effrénés. Le fracas des noix de coco s’enchaîne, ‘ainsi on offre notre cœur à Ganesh et jette l’égo humain ’ me murmure une jeune femme. Entre dévotion et projection, l’effervescence est à son comble, l’état de transe atteint.

Aspirée par ce tourbillon, je capture des images brutes. Je laisse aller mes émotions aux vallons des percussions. Visages prostrés, mains figées, pieds ‘ailés’… nourrissent ma rétine. Comme un ‘cache sur positif’, l’empreinte sacrée est ‘pausée’.

* * * * * * * *

‘ Clic ‘ … Derrière le titre se cachent les photos capturées …